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Pourquoi j'utilise l'argentique plutôt que le numérique ?


Le numérique a beaucoup d’avantages par rapport à l’argentique ou aux procédés anciens… Pourtant je ne suis pas vraiment attiré par cette pratique pour mon travail artistique non professionnel.

J’ai essayé ici de chercher et d’expliquer les raisons intuitives qui me font choisir l’argentique.



Lors de la prise de vue :

Avec l’argentique, je ne peux pas prendre rapidement beaucoup de photographies en espérant en avoir une bonne dans le lot. Je suis obligé de porter davahtage attention, d’avoir conscience de ce que je vois et de vraiment choisirle moment du déclic.
Accessoirement, j’aime aussi entendre et sentir un vrai déclic… et faire avancer le film ou de changer le châssis !

• La prise de vue en argentique, en particulier en grand format, m’oblige à une certaine lenteur dans le travail. Cela m’aide à être présent et à voir ce qui est. Presque une forme de méditation…

Comme je ne peux pas voir tout de suite l’image, elle garde un certain mystère. Je ne la verrai en général que quelques jours à quelques semaines plus tard. Ce délai m’aide je suppose à sélectionner les images car j’ai alors pris de la distance.



Dans la chambre noire lors du développement des films négatifs :


• Travailler dans le noir complet donne une dimension solennelle à l’obtention du négatif. J’ai la responsabilité de faire naître de mes mains à l’aide des solutions chimiques ces images à partir de leur potentiel fragile.

• Le négatif, obtenu dans la chambre noir, est un objet à part entière, ce n’est pas encore l’image mais son ombre, son empreinte. Il m’est précieux car il garde en lui un contact direct avec la lumière du sujet lors de la prise de vue. J’aime les négatifs, j’aime voir ces images inversées comme un regard étrange sur la réalité. Mes négatifs sont comme des souvenirs de cette lumière que j’ai laissé entrer dans l’appareil à un moment précis de ma vie.



Dans la chambre noire lors du tirage sur papier :


Le tirage dans la chambre noire est un travail artisanal que je trouve difficile et long. Je mets en général du temps avant de m’accorder à une interprétation de mon négatif. Mais j’aime travailler dans le noir, sous la lumière rouge et voir apparaître lentement l’image dans le bain de développement. Instant magique !

• Puisque je réalise moi-même mes tirages, le nombre total de tirages d’une image est limité de fait. Ce n’est pas une limite arbitraire et décidée, comme c’est le cas avec une imprimante numérique. Je numéroter mes tirages au sein d’éditions de 3 à 30 tirages, mais le nombre d’éditions pour chaque photographie reste ouvert. Pourtant il est de fait limité par le temps dont je dispose. C’est une limite physique, même si le négatif ne s’use pas comme c’est le cas pour les plaques de cuivre en gravure.

• L’impression à travers un ordinateur et une imprimante ajoute un passage dans une technologie complexe qui me gène pour un travail artistique que je veux de nature plus manuelle. Plus généralement je suis gêné par ces transformations répétées de la lumière en information composée de millions de 0 et de 1 : une sorte de dématérialisation de l’image, de transformation qui réduit sa part de vie. Je suis sensible à l’aspect analogique de l’argentique qui permet de garder la continuité entre la lumière et la matière.

• J’aime le contact avec la matière et je suis sensible à l’aspect artisanal des tirages argentiques, qui peuvent montrer des imperfections. J’ai davantage l’impression d’avoir réalisé moi-même le tirage qu’avec un ordinateur et imprimante. Je les sens ainsi plus proches de moi, plus présents. Ce qui m’amène à la question suivante :



Qu’est-ce qu’une œuvre d’art ?


Si une image me parle, me touche, l’objet qu’est le tirage argentique gagne une présence supplémentaire car je connais les étapes, le travail, l’attention voire l’amour qu’il a demandés. Cette connaissance fait partie de ma perception du tirage comme œuvre d’art et soutient mon attachement affectif à une photographie comme objet ayant une histoire singulière et unique. Cela crée un lien direct avec le sujet et l’artiste qui a produit lui-même l’œuvre d’art, et lui a donné en quelque sorte une partie de son humanité.

L’objet photographique – le tirage – me semble ainsi plus dense, plus présent et plus vivant qu’aucun tirage numérique.

L. M.